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Kem Asani : un regard lucide sur la monoparentalité et l’hypocrisie sociale

La monoparentalité n’est pas un échec individuel, mais le révélateur d’un malaise collectif que nous refusons encore de regarder en face.

Monoparentalité : entre engagement, hypocrisie sociale et responsabilité collective

Dans le livre #Soloeotop ; Vivre sa monoparentalité en restant dans son essence et sa puissance, Amina Nsenga explore les enjeux invisibles de la monoparentalité et donne la parole à ceux qui observent et analysent ces réalités. Parmi eux, le témoignage percutant de Kem Asani apporte un éclairage inédit.

Une réalité qui dérange le modèle dominant

La monoparentalité renvoie encore l’image d’une instabilité, d’une solitude subie ou d’un déséquilibre. Élever seul un enfant est trop souvent assimilé à un échec. Trop de regards, trop de questions, trop de soupçons. Selon Monsieur Asani, cette perception est un reflet des peurs collectives : la société tend à mesurer la réussite familiale selon un seul modèle celui du couple stable et tout écart devient suspect. Ainsi, le parent solo, et particulièrement la femme seule, devient le miroir des jugements implicites et des attentes non dites.

L’hypocrisie d’une tolérance affichée

Nous vivons dans des sociétés qui prônent l’inclusion, la diversité et la liberté individuelle. Pourtant, les jugements persistent, dans le privé comme dans les espaces publics feutrés.Kem Asani pointe cette hypocrisie : la tolérance proclamée masque un mensonge internalisé. L’amour romantisé est érigé en idéal absolu, alors même que l’histoire regorge de femmes violentées, rejetées ou objectisées. Ceux qui sortent du cadre par choix ou nécessité  deviennent parfois des cibles symboliques, jugés pour leur seule existence.

Un héritage patriarcal toujours actif

Pour Kem Asani, le jugement porté sur les mères seules n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans un système patriarcal séculaire où la liberté des femmes reste évaluée, commentée et conditionnée. Les programmes culturels intégrés creusent un fossé immense entre égalité proclamée et égalité vécue. La monoparentalité devient alors un espace révélateur : non pas un problème individuel, mais un symptôme des déséquilibres profonds d’une société qui continue de juger ce qui sort du cadre traditionnel.

Au-delà de Vénus contre Mars

Le témoignage de Kem Asani va plus loin. Il dépasse l’opposition stérile entre féminin et masculin, rappelant que ces principes sont complémentaires et constituent l’essence de chaque être humain. Ne pas comprendre cette complémentarité nourrit la séparation, la consommation de l’autre et la confusion entre désir et domination.

Engagement et responsabilité

La monoparentalité, souligne Kem Asani, révèle l’engagement quotidien des parents solos, mais aussi la responsabilité de la société : reconnaître ces parcours, interroger ses préjugés et transformer ses représentations. La responsabilité collective commence par des questions simples :

  • Quels préjugés portons-nous encore ?
  • Quels modèles continuons-nous à imposer comme uniques ?
  • Pourquoi associons-nous encore la solitude à l’échec ?

Comprendre la monoparentalité, c’est interroger notre rapport à la réussite, à l’amour, au genre et à la liberté.

Une société face à son miroir

Grâce au témoignage de Kem Asani et à l’analyse d’Amina Nsenga, la monoparentalité apparaît comme un miroir de nos incohérences : un monde où les corps sont souvent valorisés plus que la conscience, où l’apparence prime sur la profondeur, et où la norme rassure plus que la vérité. Elle nous oblige à choisir : continuer à entretenir l’hypocrisie d’une tolérance de façade, ou assumer la responsabilité d’un changement réel.

Car au fond, la question n’est pas : 

Pourquoi ces parents sont-ils seuls ?

La vraie question est : 

Pourquoi leur solitude nous dérange-t-elle autant ?