Nous l’avons lue. Attentivement. Et à chaque chiffre, à chaque pourcentage, à chaque graphique, nous avons pensé à un visage. Celui d’une femme que nous connaissons. Que nous accompagnons. Qui nous a écrit, appelé, confié ses doutes et sa fatigue.
Cette étude, menée dans le cadre du Plan bruxellois de soutien aux familles monoparentales, met enfin des chiffres sur une réalité que nous vivons chaque jour au sein du Réseau SoloEotop. Et ces chiffres font mal.
Avant l’arrivée d’un enfant, hommes et femmes partent à égalité sur le marché du travail, avec un taux d’emploi d’environ 78% pour les deux. Mais dès qu’un bébé arrive, tout bascule. Le taux d’emploi des femmes chute à 58,8%. Et pour une maman solo celle qui porte tout, seule, sans filet il tombe à 53,6%. Ses chances de retrouver un emploi : à peine 31,7%. Avec trois enfants, ce taux s’effondre à 28,8%.
Ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des destins brisés.
Et ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un système qui n’a pas été conçu pour elle. Un système où les crèches manquent Bruxelles ne couvre que 45,6% des besoins. Où le coût de la garderie rend parfois le travail plus cher que l’inactivité. Où les diplômes obtenus à l’étranger ne sont pas reconnus. Où les employeurs voient encore une maman solo comme un risque, une absence potentielle, une personne moins disponible, moins fiable, moins impliquée.
Ces préjugés, nous les entendons chaque jour. Et ils tuent des ambitions, des projets, des vies professionnelles.
L’étude pointe également les réformes en cours la limitation dans le temps des allocations de chômage, l’activation des malades de longue durée qui auront un impact particulièrement dur sur les femmes, et plus encore sur les cheffes de famille monoparentale. Des carrières discontinues. Un recours fréquent au temps partiel. Une protection sociale plus fragile. Le risque de basculer vers l’aide sociale. Ou l’inactivité forcée.
Pourtant, ces femmes se lèvent chaque matin. Elles préparent les enfants, déposent à l’école, cherchent du travail, gèrent les factures, répondent aux convocations, font les devoirs le soir seules. Elles ne manquent pas de volonté. Elles ne manquent pas de courage. Elles manquent d’un système qui les voit vraiment.
C’est là que le Réseau SoloEotop entre en scène. Pas comme une institution froide. Pas comme un guichet de plus. Mais comme une communauté de femmes et d’hommes qui se reconnaissent, se soutiennent et refusent de laisser une maman solo traverser seule les tempêtes. Nous écoutons. Nous orientons. Nous créons des liens là où il n’y en avait plus. Nous rappelons à chaque femme qu’elle n’est pas seule même quand tout lui dit le contraire.
Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont des visages. Des femmes que nous accompagnons, que nous écoutons, dont nous portons la voix auprès des institutions en Belgique, en France, en Suisse et en Afrique.
Mais les études ne suffisent pas. Il faut des actes. Il faut des politiques à la hauteur. Il faut que la société cesse d’infantiliser ces femmes et commence à leur faire confiance.
C’est le combat du Réseau SoloEotop, chaque jour, partout où nous sommes présents.
Nous demandons des crèches accessibles et suffisantes. Des diplômes étrangers reconnus. Des employeurs formés et responsables. Des réformes qui protègent les plus vulnérables au lieu de les enfoncer. Des politiques qui regardent en face la réalité des familles monoparentales et qui agissent en conséquence.
Parce qu’une maman solo n’est pas un problème à gérer. C’est une force à soutenir. Un pilier à valoriser. Un avenir à construire ensemble.
Il est temps d’agir. Pour elles. Avec elles. Maintenant.
Le Réseau SoloEotop