Amina Nsenga
20 Aug
20Aug

En mars 2025, AfricainTimes publiait un portrait consacré à mon parcours : « Amina Nsenga Lutumba Ndoy Le Sourire d’une Guerrière du Wakanda ».

Lire l’article original :

https://africaintimes.com/2025/03/amina-nsenga-lutumba-ndoy-le-sourire-dune-guerriere-du-wakanda/

Près d’un an et demi plus tard, je suis retournée vers cet article.

Je l’ai relu lentement. 

Et ce qui m’a frappée, ce n’est pas tout ce qui a changé depuis. C’est d’abord tout ce qui était déjà là.

La résilience. La santé mentale. La monoparentalité. La reconnexion identitaire. La transformation des blessures. Et cette manière particulière de parler de l’adversité : non pas uniquement la combattre, mais apprendre à « danser » avec elle.

Je reconnais profondément cette femme.

Mais aujourd’hui, je la regarde avec ce que le chemin m’a appris depuis.

La guerrière est toujours là.

Guerrière

Ce mot avait été choisi pour raconter une femme qui avait traversé des tempêtes sans accepter qu’elles écrivent la fin de son histoire.

Près d’un an et demi plus tard, je ne renie pas ce mot.

La guerrière est toujours là. Mais je comprends aujourd’hui que sa force ne réside pas seulement dans sa capacité à résister.

Elle réside aussi dans sa capacité à transformer. Transformer une expérience en connaissance. Une blessure en compréhension. Une parole en transmission. Une conviction en action.

Et parfois, une histoire personnelle en combat collectif.

Il existe un moment où survivre ne suffit plus.

Après s’être relevée vient une autre question : 

Que vais-je faire de ce que j’ai appris ?

« Danser avec l’adversité »

Cette expression occupait une place importante dans le portrait de 2025.

Elle continue à me parler.

Danser avec l’adversité ne signifie pas aimer ce qui nous arrive. Cela ne signifie pas davantage minimiser la douleur ou accepter l’inacceptable.

C’est refuser de laisser l’épreuve devenir l’unique définition de notre existence.

Mais aujourd’hui, j’ajouterais quelque chose.

À force d’écouter les histoires des mères et des pères solos, de rencontrer des professionnels, des acteurs associatifs, des chercheurs et des institutions, j’ai compris que nous ne pouvons pas demander éternellement aux personnes d’apprendre à mieux danser avec leurs difficultés.

Il faut aussi regarder ce qui crée ou aggrave ces difficultés.

Le logement. L’emploi. La précarité. L’accès aux droits. La charge mentale. L’isolement. La santé mentale. Les conséquences des séparations. La responsabilité parentale réellement assumée.

Et toujours, au milieu de ces réalités : l’enfant.

C’est probablement là que mon regard a le plus évolué.

Du parcours personnel au regard collectif

Lorsque l’on a vécu certaines réalités, il est naturel de commencer par parler depuis soi.

Mais vient un moment où le « je » rencontre d’autres « je ».Et tous ces parcours finissent par former un nous.

C’est ce « nous » qui m’intéresse aujourd’hui.

Parce que derrière le mot monoparentalité, il existe une multitude de réalités.

Des mères. Des pères.

Des parents qui assument seuls en permanence. D’autres qui le font de manière prépondérante ou pendant certaines périodes.

Des familles confrontées au handicap, à la précarité, aux violences, à l’éloignement, aux difficultés de logement ou professionnelles, ou simplement à l’épuisement d’avoir trop longtemps porté trop de choses.

Écouter ces réalités m’a appris quelque chose d’essentiel : un témoignage peut bouleverser.

Mais plusieurs témoignages, croisés avec des données, des expertises et des réalités territoriales, peuvent commencer à faire bouger les lignes.

C’est ainsi que l’expérience devient progressivement plaidoyer.

La santé mentale n’est pas à côté de la monoparentalité

Dans le portrait de 2025, la santé mentale occupait déjà une place centrale.

Aujourd’hui, cette conviction est encore plus forte.

Nous ne pouvons pas parler de monoparentalité sans parler de santé mentale.

Non pas pour considérer les parents solos comme fragiles ou malades.

Mais parce qu’il faut regarder la réalité de la charge.

Lorsqu’une même personne doit penser au logement, aux factures, au travail, aux rendez-vous, à l’école, aux repas, aux démarches administratives, aux émotions des enfants, à leur avenir et parfois à ses propres blessures, la question de la santé mentale ne peut pas être reléguée au second plan.

Prendre soin du parent, c’est aussi prendre soin de l’environnement dans lequel grandit l’enfant.C’est pourquoi cette question est devenue, pour moi, bien plus qu’un sujet de développement personnel.

Elle est devenue une question collective.

Ce que je dirais aujourd’hui à la femme de mars 2025

Je ne lui dirais pas de changer. Je ne lui dirais pas qu’elle était naïve. Je ne lui dirais surtout pas qu’elle n’avait encore rien compris. Je lui dirais :

Continue.

Continue à danser avec l’adversité.Continue à croire que les blessures peuvent devenir autre chose que des cicatrices. Continue à parler de santé mentale. Continue à parler de reconnexion identitaire. Continue à écouter les parents.

Mais prépare-toi.

Parce qu’un jour, il ne sera plus seulement question de ton histoire.

Les histoires vont se multiplier. Les visages vont changer. Les territoires vont s’élargir.

Et tu comprendras progressivement que tout ce que tu as appris en te reconstruisant peut aussi servir à interroger ce que nous devons collectivement reconstruire.

Près d’un an et demi après…

Je regarde aujourd’hui ce portrait avec beaucoup de tendresse.

Pas avec nostalgie.

Et certainement pas avec le sentiment d’être arrivée quelque part.

Je vois plutôt une photographie prise à un moment précis du chemin.

Depuis, la route a continué.

Des convictions se sont renforcées. D’autres ont gagné en nuance. Des rencontres ont ouvert de nouvelles perspectives. Les expériences ont donné davantage de profondeur aux mots.

Mais l’essentiel demeure.

Je crois toujours à la transformation. crois toujours à la capacité de se reconstruire. Je crois toujours que notre histoire ne s’arrête pas à l’endroit où nous avons été blessés.Simplement, aujourd’hui, ma question va plus loin :

Comment transformer ce que nous avons appris individuellement en quelque chose qui puisse également servir collectivement ?

Voilà peut-être ce que je répondrais aujourd’hui au titre de ce portrait.

Oui, la Guerrière du Wakanda est toujours là.

Mais elle a compris que certaines batailles ne se gagnent pas seule.Et que la plus belle transformation n’est peut-être pas seulement de réussir à créer sa propre paix.

C’est de contribuer à créer les conditions pour que d’autres puissent, eux aussi, construire la leur.

Amina Nsenga Lutumba Ndoy

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