On l'admire. On la célèbre. On dit qu'elle est courageuse, une vraie guerrière.
Et pendant qu'on l'applaudit debout, elle rentre seule chez elle, épuisée, et se demande pourquoi personne ne la voit vraiment.
La maman solo. On lui a tellement collé l'étiquette de "super-héroïne" qu'on en a oublié qu'elle est, avant tout, une femme. Une femme qui a des besoins. Des désirs. Des attentes légitimes. Pas extraordinaires. Juste humaines.
Louer la maman solo, c'est confortable. Pour tout le monde sauf pour elle.
Ça permet à la société de ne pas se remettre en question. Ça permet aux institutions de ne pas changer leurs politiques. Ça permet aux hommes de ne pas assumer leurs responsabilités. Et ça permet à l'entourage de ne pas se mobiliser puisqu'elle gère si bien, n'est-ce pas ?
"Tu es tellement forte." Trois mots qui, derrière leur apparente bienveillance, signifient souvent "Je n'ai pas besoin de t'aider."
La force qu'on lui prête devient le prétexte de son abandon.
Elle n'attend pas qu'on la sauve. Elle n'attend pas la pitié. Elle n'attend pas les applaudissements.
Elle attend ce que tout le monde attend et ce qu'on lui refuse trop souvent parce qu'on la croit au-dessus de ça.
Elle attend d'être vue. Pas comme un symbole. Pas comme une cause. Comme une personne, avec ses doutes, ses jours sans, ses moments de découragement qu'elle cache parce qu'on lui a appris que montrer sa fragilité, c'est perdre sa crédibilité.
Elle attend du respect. Dans les bureaux des administrations. Face aux juges. Face aux propriétaires. Face aux employeurs. Un respect qui ne se négocie pas, qui ne se mérite pas à coups de preuves qui lui est simplement dû.
Elle attend une relation égale. Pas quelqu'un qui la "prend en charge". Pas quelqu'un qui lui "fait une faveur" en acceptant ses enfants. Quelqu'un qui la choisit elle pleinement, librement, avec tout ce qu'elle est.
Elle attend qu'on arrête de décider à sa place. Ce qui est bon pour elle. Ce qu'elle devrait ressentir. Comment elle devrait s'en sortir. Elle a une voix. Elle a un avis. Elle a une intelligence. Laissez-la parler.
Elle attend de la légèreté. Oui. Juste ça. Des moments où elle n'est pas "la maman solo courageuse". Des moments où elle rit, où elle rêve, où elle est simplement elle sans le poids du rôle qu'on lui a assigné.
On lui donne des injonctions contradictoires.
Sois forte mais pas trop, sinon tu fais peur. Demande de l'aide mais pas trop vite, sinon tu es une mauvaise mère. Prends soin de toi mais après les enfants, après le travail, après tout le reste.
On lui donne de la compassion spectaculaire des likes sur les posts, des "courage ma belle" et peu de soutien concret.
On lui donne des étiquettes forte, résiliente, guerrière qui l'emprisonnent autant qu'elles la valorisent.
Chez Mamans Soloeotop ASBL, nous refusons de glorifier la souffrance.
Nous refusons de faire de la maman solo un symbole à admirer de loin. Nous refusons que sa force soit le prétexte de son isolement. Nous refusons qu'on lui demande d'être extraordinaire là où il suffirait que le monde soit juste.
Ce que nous voulons, c'est simple et radical à la fois : que la maman solo soit traitée comme n'importe quel être humain digne de respect, de soutien et d'amour.
Pas plus. Pas moins.
"On m'a souvent dit que j'étais forte. Longtemps, j'ai cru que c'était un compliment. Puis j'ai compris que c'était une façon de me laisser seule avec mes difficultés. La vraie solidarité, ce n'est pas admirer quelqu'un de loin. C'est se retrousser les manches et être là vraiment là."
Amina Nsenga , fondatrice de Mamans Soloeotop ASBL
Si tu es maman solo et que cet article te touche sache que tu n'as pas à performer ta force ici. Tu peux arriver avec tes doutes, ta fatigue, tes questions sans réponse.
Si tu connais une maman solo arrête de l'admirer. Appelle-la. Propose-lui quelque chose de concret. Écoute-la sans lui dire qu'elle est forte.
Nous sommes là pour créer cet espace celui où la maman solo est enfin vue pour ce qu'elle est, pas pour ce qu'on a décidé qu'elle devait être.